Etats-Unis: les vétérantes du droit à l’IVG tirent le signal d’alarme

Martha Scott, ex-membre du réseau Jane, chez elle, à Chicago, le 23 mai. Dans ses mains, la photo prise lors de son arrestation, le 4 mai 1972, alors qu’elle pratiquait des IVG clandestines. Eugénie Baccot/Divergence pour M Le magazine du Monde

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De 1965 à 1973, une trentaine de militantes avaient créé dans l’Illinois un réseau clandestin qui aida près de 11 000 femmes à avorter. Elles s’inquiètent aujourd’hui des lois très restrictives votées dans certains Etats américains.

Elle tient entre ses mains un tract datant de 1970 qui stipule : « L’avortement – le choix des femmes, le droit des femmes ». Martha Scott, 77 ans, en conserve des dizaines de copies. Elle est installée sur son canapé, dans son appartement de Chicago, et son regard vert clair paraît fouiller dans sa mémoire pour raconter les années passées à œuvrer pour « Jane ».

Jane était un service clandestin qui a permis à 11 000 femmes d’avorter à Chicago, quand l’acte était encore illégal aux États-Unis, avant 1973. Pendant plusieurs années, Martha a été l’une des trente femmes de Jane qui ont permis à d’autres d’avorter en toute sécurité dans l’État de l’Illinois. Aujourd’hui, elle est révoltée de voir reculer les droits des femmes, avec des lois très restrictives sur l’avortement votées ces derniers mois en Alabama, en Géorgie ou en Louisiane. « Nous pensions avoir gagné le combat, mais, en fait, non. »

Ne pas éveiller les soupçons

Tout commence pour le réseau Jane en 1965, quand Heather Booth, 19 ans, étudiante à l’université de Chicago, engagée pour les droits civiques, se retrouve face à une amie au bord du suicide, ne sachant où avorter. « Je voulais juste l’aider », se souvient Heather, 73 ans, toujours militante, qui ne vit plus à Chicago. Heather réussit, en 1965, à mettre en relation son amie avec un médecin pratiquant les IVG.

Par la suite, sur son téléphone fixe, sur le campus, elle reçoit d’autres appels de femmes en demande de soutien. Heather se crée une messagerie vocale en choisissant le nom de Jane, qu’elle trouve suffisamment ordinaire pour ne pas éveiller de soupçons. « Je rassurais les femmes. Parfois, je les rencontrais. Puis je leur proposais un rendez-vous avec un praticien de confiance. »

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