Allemagne : Des médecins allemands se solidarisent sur la question de l’IVG

Friendly female medicine doctor hands holding pregnant woman's hand lying in bed for encouragement, empathy, cheering and support while medical examination. New life of abortion concept

08/01/2020

En Allemagne, des médecins pratiquant l’avortement tentent de s’organiser face à la pression qui pèse sur eux.

En Allemagne, la pratique de l’avortement est  passible de 3 ans de prison pour le médecin et la femme impliqués. Elle est toutefois impunie, durant les 12 premières semaines de grossesse. 

Leonie Kühn est étudiante en 9e semestre de médecine à Berlin. Depuis quelques semaines, elle est aussi l’une des cofondatrices de « Doctors for choice Germany », une nouvelle association qui « encourage les médecins à participer activement à de meilleurs soins en cas de grossesses non désirées ».

Insécurité

« Nous avons constaté qu’il manquait une organisation centralisée qui puisse être le porte-voix du personnel médical et militer pour des changements en matière d’arrêts volontaires de grossesses », résume Leonie Kühn. « Actuellement, il règne une insécurité juridique pour les médecins car l’avortement reste puni par la loi », rappelle-t-elle.

En Allemagne, cette pratique est en effet passible de 3 ans de prison pour le médecin et la femme impliqués. Elle est toutefois impunie, durant les 12 premières semaines de grossesse si la patiente suit un entretien avec un conseiller du planning familial, dans les trois jours précédant l’avortement.

L’article 219a du Code pénal, instauré en 1933 à l’époque nazie, participe aussi à cette insécurité. Plusieurs médecins ont été condamnés pour avoir mentionné sur leur site Internet qu’ils pratiquent les IVG, ce qui est assimilé à de la publicité. En février, l’article 219a a été modifié, sans toutefois calmer les esprits. S’il est autorisé d’indiquer pratiquer des avortements, toute mention des méthodes employées reste illégale.

Changements législatifs

Bettina Gaber en a fait les frais. Cette gynécologue berlinoise a été condamnée en juin à une amende de 2 000 € et a vu, la semaine dernière, sa peine confirmée en appel. « C’est incompréhensible » commente-t-elle. « Indiquer nos méthodes est de l’information à visée médicale. Nous allons porter l’affaire devant la cour constitutionnelle », ajoute-t-elle, en espérant que cela entraîne l’abolition de cet article 219a.

Les changements législatifs de février visaient aussi à faciliter l’accès des patientes à l’information par la publication d’une liste des praticiens. Or, sur 1 200 médecins concernés, seuls 275 y figurent. « Il existe une réelle crainte de figurer sur cette liste car les opposants sont très virulents », commente Daniela Wunderlich, de l’association Profamilia. La gynécologue Bettina Gaber confirme, elle qui a été qualifiée de « médecin de l’holocauste » par des militants anti avortement.

Dans certaines villes, comme Francfort, des zones de sécurité ont été mises en place devant des centres de planning familiaux et cliniques pour éviter des agressions. Dans cette ville, comme à Munich, l’initiative « 40 jours pour la vie » qui regroupe des chrétiens de toutes confessions, organise deux fois par an des veillées de prière devant ces centres de conseils pour protester contre l’avortement. L’Église catholique allemande a de son côté jugé « superflu » le changement de la loi. Elle estime que l’information des femmes en matière d’avortement est suffisamment assurée.

La formation est cruciale

Sur le terrain, la pratique des IVG reste assurée avec 100 000 avortements par an, mais elle devient compliquée dans certaines régions. « En zones rurales, il est souvent difficile de trouver un praticien, d’autant que le nombre de gynécologues recule », constate Bettina Gaber.

Pour inverser la tendance, la question de la formation est cruciale. « L’avortement ne fait pas partie du cursus général d’un étudiant en médecine et il n’existe aucune formation continue », rappelle Leonie Kühn, de « Doctors for choice ». Les universités justifient cette absence de cours par le caractère officiellement « illégal » de l’avortement.

En réponse, une autre association, « Medical students for choice », créée il y a 4 ans à Berlin, organise des ateliers, en dehors des cours. Sous la pression, l’université de Berlin a inscrit un séminaire et un cours dans le cursus commun.

https://www.la-croix.com/Monde/Europe/medecins-allemands-solidarisent-question-lIVG-2020-01-08-1201070429